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Sport et Afrique : un modèle à construire ?

31 mars 2021

Reportée en 2021 en raison de la situation sanitaire, la Basketball Africa League (BAL) fera ses grands débuts en 2021. Cette compétition, en partenariat avec la National Basketball Association (Etats-Unis d’Amérique) et la Fédération Internationale de Basketball (FIBA), rassemblera 12 équipes provenant de plusieurs pays africains. Le Maroc, l’Egypte, la Tunisie, L’Angola, le Kenya, Le Rwanda le Sénégal et le Nigeria accueilleront des rencontres.

Cette compétition majeure marque la première exportation de compétition structurée par la NBA sur un autre continent. Et de manière générale, quand la NBA s’active, le reste de l’industrie du sport écoute, regarde et apprend. Pour autant il est intéressant de se concentrer sur le modèle du sport Africain qui a poussé la NBA à s’exporter et investir de manière importante dans l’Afrique.

Une compréhension approfondie du marché du Sport Africain 

Accompagnée par Nike et Jordan Brand, la NBA et la FIBA profitent du faible coût d’entrée pour la construction d’un championnat majeur sur le continent Africain. En effet, au regard des compétitions locales, il n’y a que peu de concurrence à l’implantation d’une ligue de cette envergure. Si la NBA avait voulu implanter une franchise en Europe, elle aurait fait face à la concurrence de l’Euroleague ou des championnats nationaux majeurs. Le coût d’entrée dans le marché est donc plus faible que sur d’autres régions du monde. 

Ensuite ce coût d’entrée a été étudié au regard du potentiel du marché en général. Et comme beaucoup d’acteurs du marché, ces institutions se heurtent à un manque de données criant pour dresser une stratégie d’envergure sur le secteur du sport dans certains pays. En effet, ce manque de données peut influer sur la taille du marché, ces acteurs, sur les pratiques de consommateurs et des fans ou encore sur la capacité à rassembler des acteurs comme des partenaires institutionnels ou encore des marques. Face à ce manque de données, certains acteurs comme Decathlon cherchent à créer la visibilité nécessaire en collecter des données formelles sur des rapports sur les pays mais aussi des données informelles via les associations, les universités, les clubs ou encore les infrastructures. Cette collecte et l’exploitation de la donnée est essentielle pour mettre le client au centre de sa structure (Voir note de lecture Winning with Data de Fiona Green). La NBA, reine de l’expérience client et de la médiatisation, se présente comme un acteur sérieux pour combler le manque de données et de médiatisation locale et internationale des compétitions locales Africaines. La NBA et la FIBA auront donc à cœur de définir un modèle de consommation du sport spécifique à l’Afrique au fur et à mesure que des données seront collectées. Ces données seront alors exploitables pour l’expérience client mais aussi pour transmettre les histoires et les valeurs du sport Africain, souvent avec l’aide d’ambassadeurs internationaux compétents. 

Enfin d’un point de vue sportif, l’Afrique est une source de talent pour la NBA. Avec plus de 40 joueurs originaires d’Afrique au début de la saison 2019, le continent Africain se place comme un pourvoyeur majeur de talents athlétiques et sportifs. Ces joueurs sont des vitrines de renommées internationales pour ce sport grâce à leurs performances sportives mais aussi grâce à leurs capacités à transmettre des valeurs de manière internationale. Des joueurs comme Joel Embiid ou Serge Ibaka, polyglottes confirmés, peuvent être des ambassadeurs de la ligue sur plusieurs continents. Cette capacité de rayonnement des athlètes Africain peut un véritable facteur de réussite dans le plan de médiatisation de l’Afrique. La multiplicité des langues et des cultures, souvent vu comme un obstacle dans la construction de projets internationaux, sera alors un véritable atout dans une stratégie globale pour la BAL. 

Vers un nouveau modèle du sport Africain ?  

L’intérêt de la NBA pour le développement de l’industrie du sport, et plus particulièrement du basketball, en Afrique nous amène à réfléchir aussi aux atouts du continent pour une Ligue majeure ou dans l’optique du développement de grands événements sportifs internationaux. 

Dans un premier temps, l’Afrique est le continent avec la population la plus jeune dans le Monde. Selon l’Agence Française de Développement, d’ici 2050 2,4 milliards d’Africain aura moins de 25 ans. Cette donnée s’associe fortement avec la demande croissante de divertissement sur le continent. Plus la population est jeune plus elle cherche à se divertir. La multiplication des activités du groupe Vivendi en Afrique reste un bon exemple face à cette demande de divertissement sur le continent. Le sport, étant déjà un art de vivre dans la plupart des pays, doit continuer sa voie dans l’industrialisation pour devenir un acteur indépendant et remarquable dans l’économie africaine. 

Pour cela, l’industrie du sport Africaine doit se bâtir autour de ses consommateurs et de leurs modes de consommation spécifiques. L’exploitation de l’adhésion aux technologies autour du mobile peut être un axe de travail structurant pour le modèle africain. En effet, de nombreuses études démontre une maturité bien plus importante de la population africaine en termes d’adhésion mobile qu’en Europe ou en Amérique. Les technologies mobiles sont dons amenés à prendre une place prépondérante dans le quotidien des Africains. Dès lors, il apparaît essentiel de considérer l’expérience client de manière plus importante pour construire le nouveau modèle de l’industrie du sport Africain. Que cela soit de la billetterie jusqu’aux médias, l’expérience client devra être considérée au regard de la jeunesse de la population Africain et son adhésion aux technologies mobiles. 

Cette digitalisation de l’Afrique a également vocation à impacter la manière d’adhérer et de réagir à l’événement. La ferveur des stades de lutte sénégalaise ou encore l’adhésion populaire autour de la Coupe d’Afrique des Nations, se transmettra pendant les événements mais aussi via les communautés sur les réseaux sociaux. Plus l’engagement sera fort en dehors des enceintes sportives, plus la ferveur populaire et la relation sera intense avec les entités sportives.  

Cette adhésion devra être cependant structurée pour aboutir à une économie indépendante qui sera soutenue de la même manière par les politiques publiques. Pour autant, l’indépendance économique de ces compétitions aboutira à un véritable héritage de compétences, de structures et de talents. Cet héritage aboutira à une meilleure définition des modes de consommations et une meilleure mise en valeur des identités locales en faveur de l’engagement. Par conséquent c’est cet héritage et ce modèle d’industrie du sport qui générera des revenus et fera rayonner l’Afrique en tant que modèle indépendant. 

Aujourd’hui, le potentiel sportif de l’Afrique n’est plus à démontrer dans tous les sports majeurs. Il suffit de se balader sur les plages de Dakar pour comprendre que le sport est considéré comme un formidable un art de vivre. Nous avons désormais la conviction que c’est dans cet art de vivre que le modèle de l’industrie du sport Africain trouvera une place essentielle sur l’échelle mondiale. Que cela soit pour la BAL ou un tout autre ayant droit ! 

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